Référence technique

SIP2, le protocole qui fait tourner les automates

SIP2, pour Standard Interchange Protocol version 2, est le protocole par lequel un automate de prêt, une boîte de retour ou un trieur dialogue avec le système de gestion d'une bibliothèque. Créé par 3M dans les années 1990 pour ses propres automates, il s'est imposé comme le standard de fait du secteur, au point d'être supporté par la quasi-totalité des SIGB du marché. Techniquement, c'est un échange de messages en texte brut sur une connexion TCP.

Ce n'est pas une norme ISO, et c'est un point qu'il faut avoir en tête : SIP2 est une spécification industrielle, largement diffusée mais dont les implémentations varient d'un éditeur à l'autre. D'où l'importance de vérifier, et pas seulement de croire une case cochée dans un tableau de compatibilité.

Ce qui se passe quand un lecteur pose ses livres

Le déroulé complet d'un prêt en libre-service, du point de vue du protocole.

  1. Au démarrage, l'automate ouvre une connexion TCP vers le serveur SIP2 du SIGB et s'authentifie. Il annonce ensuite ce qu'il sait faire et demande au serveur ce que lui autorise.
  2. Le lecteur présente sa carte. L'automate envoie une demande d'informations sur cet usager et reçoit en retour son statut : compte valide ou bloqué, nombre de documents empruntés, pénalités en cours, messages à afficher.
  3. Pour chaque document posé sur la platine, l'automate envoie une demande de prêt contenant l'identifiant du document et celui du lecteur.
  4. Le SIGB répond par un accord ou un refus, avec le motif et la date de retour. C'est lui qui enregistre la transaction : elle existe dans le SIGB, pas dans l'automate.
  5. Sur accord, l'automate désactive l'antivol du document et imprime ou envoie le justificatif.
  6. Le lecteur termine sa session, l'automate la clôt auprès du serveur.

Le retour suit la même logique en sens inverse, avec en plus une information utile au tri : le SIGB peut indiquer que le document est réservé, qu'il appartient à un autre site, ou vers quelle destination l'orienter. C'est ce qui permet à une chaîne de tri de décider où envoyer chaque ouvrage.

Les messages qui comptent

Chaque message SIP2 commence par un code à deux chiffres. Les requêtes portent un numéro impair, les réponses le numéro pair suivant. En voici les principaux.

RequêteRéponseFonction
9394Authentification de l'équipement auprès du serveur
9998État du serveur et capacités supportées
6364Informations sur un usager, statut et blocages
1112Prêt d'un document
0910Retour d'un document
1718Informations sur un document
2930Prolongation d'un prêt
6566Prolongation de tous les prêts d'un usager
3738Paiement d'une pénalité
3536Fin de session usager

À l'intérieur d'un message, les données sont portées par des champs identifiés par deux lettres : AO pour l'établissement, AA pour l'identifiant du lecteur, AB pour celui du document, AJ pour le titre, entre autres. Un numéro de séquence et une somme de contrôle peuvent être ajoutés pour fiabiliser l'échange.

Votre éditeur annonce une compatibilité ? Voici comment la vérifier.

Ce qu'il faut savoir

Les trois limites de SIP2, et comment les traiter

Il ne chiffre rien

SIP2 fait circuler ses messages en texte brut. Identifiants de lecteurs, titres empruntés, mots de passe éventuels : tout transite en clair sur le réseau. Le protocole date d'une époque où l'automate et le serveur étaient sur le même réseau local fermé.

La réponse usuelle consiste à confiner le flux sur un réseau privé, ou à l'encapsuler dans un tunnel chiffré. Si vos équipements et votre SIGB ne sont pas sur le même site, ou si votre SIGB est hébergé, ce point n'est pas optionnel. Faites-le écrire dans votre cahier des charges et demandez qui, de l'éditeur ou de l'intégrateur, porte la mise en œuvre du tunnel.

L'encodage des caractères est un piège classique

La spécification d'origine est anglo-saxonne. Le traitement des caractères accentués dépend donc de l'implémentation, et c'est la cause la plus fréquente de titres affichés avec des caractères parasites sur l'écran d'un automate français. Le problème se règle par un paramétrage concordant des deux côtés, mais il faut l'avoir identifié.

Demandez explicitement le jeu de caractères utilisé par votre serveur SIP2, et testez avec des titres comportant des accents, des cédilles et des œ liés dès la recette.

Les implémentations varient

Deux SIGB peuvent tous deux annoncer une compatibilité SIP2 et ne pas supporter les mêmes messages. La prolongation, le paiement des pénalités et la remontée d'informations de tri sont les fonctions les plus inégalement implémentées.

D'où la règle : ne vous contentez jamais d'une case cochée. Demandez la liste des messages réellement supportés par votre version, et une référence d'établissement utilisant la même combinaison de SIGB et d'équipements.

Ce qu'il faut écrire dans un marché

Six exigences, formulées de façon à obtenir des réponses comparables.

  • La liste des messages SIP2 supportés, par version du SIGB installé, fournie par écrit.
  • Le jeu de caractères employé et la garantie d'un affichage correct des titres accentués.
  • Le mode de sécurisation du flux quand il sort du réseau local, et qui le met en œuvre.
  • Le nombre de connexions simultanées autorisées, et leur éventuelle facturation à l'unité.
  • Le comportement attendu en cas d'indisponibilité du serveur : refus, mémorisation, mode dégradé.
  • Une référence d'établissement fonctionnant avec la même combinaison de SIGB et d'équipements.

Notre page sur la rédaction d'un CCTP reprend ces points dans le cadre plus large du marché.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut vérifier

SIP2 est-il une norme officielle ?

Non. C'est une spécification industrielle, créée par 3M pour ses automates et devenue le standard de fait du secteur. Elle n'est pas publiée par un organisme de normalisation, contrairement à NCIP qui est une norme NISO. En pratique, cela n'empêche rien : SIP2 est supporté par la quasi-totalité des SIGB.

Quelle est la différence entre SIP et SIP2 ?

SIP2 est la deuxième version du protocole et la seule réellement utilisée aujourd'hui. Elle apporte notamment une gestion plus complète des informations sur les usagers et sur les documents. Si un interlocuteur vous parle de SIP sans préciser, il s'agit presque certainement de SIP2.

Sur quel port SIP2 fonctionne-t-il ?

Il n'y a pas de port officiellement réservé. Le port 6001 est très couramment utilisé, mais c'est un usage et non une règle. Le port réel est défini par la configuration de votre serveur SIP2, et il doit être ouvert entre les équipements et le SIGB.

Les données SIP2 sont-elles chiffrées ?

Non, pas nativement : les messages circulent en texte brut. La sécurisation se fait en confinant le flux sur un réseau privé ou en l'encapsulant dans un tunnel chiffré. C'est un point à traiter explicitement dès que les équipements et le SIGB ne sont pas sur le même réseau local.

SIP2 gère-t-il les réservations ?

Partiellement, et de façon inégale selon les implémentations. Le protocole prévoit de remonter l'existence d'une réservation lors d'un retour, ce qui permet d'orienter le document vers le bon bac. La gestion complète des réservations reste du ressort du SIGB et de son portail.

Faut-il préférer NCIP à SIP2 ?

Pour des automates et des trieurs, non : SIP2 est le plus largement supporté et suffit à la circulation. NCIP prend tout son sens sur les échanges entre établissements et le prêt entre bibliothèques. Les deux coexistent souvent dans un même réseau, chacun sur son terrain.

Prochaine étape

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