Retirer des livres est un acte de politique documentaire
Le désherbage désigne la révision régulière des collections d'une bibliothèque et le retrait des documents qui n'ont plus leur place : information fausse ou obsolète, exemplaire détérioré, ouvrage qui ne circule plus, titre hors du périmètre documentaire de l'établissement. Ce n'est pas une opération de rangement mais une décision professionnelle, encadrée par des critères explicites et, pour une collectivité, par une procédure administrative de sortie d'inventaire.

Pourquoi c'est difficile, et pas seulement techniquement
Aucune opération de bibliothèque ne suscite autant de résistance interne, et elle n'est pas irrationnelle.
Retirer un livre va contre l'intuition du métier. L'équipe a acquis, catalogué, équipé et défendu ces documents ; les sortir ressemble à un désaveu. S'y ajoute la crainte, parfois fondée, de la réaction du public ou d'un élu découvrant des ouvrages sortis des collections.
D'où l'importance d'appuyer les décisions sur des critères écrits et connus de tous, plutôt que sur le jugement du moment. Un désherbage qui repose sur des règles partagées se défend ; un désherbage arbitraire se conteste, et à juste titre.
Les critères IOUPI
C'est la grille de référence de la profession en France, adaptée de la méthode anglo-saxonne CREW et diffusée par le manuel de révision des collections de Françoise Gaudet et Claudine Lieber. Chaque lettre désigne un motif de retrait.
| Lettre | Motif | Ce qu'on regarde |
|---|---|---|
| I | Incorrect | Information fausse, dépassée, ou démentie depuis |
| O | Ordinaire | Superficiel, médiocre, sans valeur ajoutée sur le sujet |
| U | Usé | Exemplaire détérioré, sale, incomplet, illisible |
| P | Périmé | Édition dépassée, données obsolètes, contexte caduc |
| I | Inadéquat | Ne correspond pas ou plus au fonds et au public de l'établissement |
La méthode associe classiquement ces critères à des repères d'âge et de rotation variables selon les disciplines : on ne désherbe pas un fonds de sciences appliquées comme un fonds de littérature. Le manuel de référence détaille ces repères par domaine.
La rotation ne décide pas, elle alerte
Un document qui n'est pas sorti depuis plusieurs années attire l'attention, il ne condamne pas. Un classique peu emprunté peut rester indispensable, un ouvrage de référence peut servir sur place sans jamais être enregistré en prêt.
La donnée de rotation sert donc à construire une liste à examiner, pas une liste à retirer. La distinction paraît évidente, elle se perd dès qu'un tableur circule.
La procédure administrative, qu'on oublie souvent
Retirer un document des rayons ne suffit pas : il faut le sortir de l'inventaire de la collectivité, et cela suit un formalisme.
Les collections d'une bibliothèque publique sont des biens de la collectivité. Leur sortie relève donc d'une décision de l'assemblée délibérante, généralement sous la forme d'une délibération qui fixe les critères de désaffectation et le devenir des documents retirés. Beaucoup d'établissements font adopter une délibération cadre, valable pour plusieurs années, plutôt qu'une délibération par campagne.
Les modalités précises, le seuil de valeur éventuel et le traitement des fonds anciens ou patrimoniaux dépendent du statut de votre établissement et des règles de votre collectivité. Votre direction des affaires juridiques et, pour les fonds patrimoniaux, votre tutelle, sont les interlocuteurs qui fixent le cadre applicable.
Que deviennent les documents retirés
Quatre destinations usuelles, à arbitrer dans la délibération plutôt qu'au cas par cas.
- La cession ou le don à une association, une structure partenaire ou un établissement du réseau. C'est la voie la plus valorisante, et celle qui demande le plus d'organisation.
- La vente aux usagers, souvent lors d'une braderie annuelle, dont le produit revient à la collectivité selon ses règles budgétaires.
- Le pilon et le recyclage papier, pour tout ce qui est détérioré ou dont l'information est fausse. Ne pas remettre en circulation un document au contenu erroné relève de la responsabilité professionnelle.
- La conservation partagée, quand un plan de conservation régional ou thématique existe sur le domaine concerné.
Dans tous les cas, les documents cédés ou vendus doivent porter une mention de sortie des collections, faute de quoi ils reviennent tôt ou tard au comptoir de prêt.
Combien de temps la RFID vous ferait-elle gagner sur cette opération ?
Ce que la RFID apporte, et une contrainte qu'elle ajoute
Disons d'abord ce qu'elle n'apporte pas : elle ne décide rien, et elle n'applique aucun critère IOUPI. Le désherbage reste un travail de bibliothécaire.
Ce qu'elle améliore, c'est la qualité de la donnée de départ. Les listes de rotation issues du seul système de gestion comportent un angle mort : elles ne disent pas si un document faiblement emprunté est toujours physiquement présent. Un récolement régulier lève ce doute, et permet de croiser présence réelle et circulation. La liste à examiner devient nettement plus fiable, et le temps passé à chercher des documents introuvables disparaît.
Et la contrainte, rarement évoquée : un document désherbé porte encore son étiquette RFID. Elle contient une antenne métallique et un support plastique, qui n'ont rien à faire dans un flux de recyclage papier. Sur quelques ouvrages, c'est négligeable ; sur une campagne de plusieurs milliers de documents, la question mérite d'être posée à votre prestataire de collecte.
La réponse pratique tient en une ligne à ajouter à votre protocole : retirer l'étiquette au moment du désherbage. C'est du travail supplémentaire, mais c'est aussi l'occasion de récupérer des étiquettes réencodables, qui supportent plus de cent mille réécritures et survivent largement au document. Nous détaillons ce point sur la page consacrée à l'impact environnemental des puces.
Ce que les équipes demandent le plus souvent
Que veut dire IOUPI ?
C'est l'acronyme des cinq motifs de retrait d'un document : Incorrect, Ordinaire, Usé, Périmé, Inadéquat. Cette grille, adaptée de la méthode anglo-saxonne CREW, est diffusée en France par le manuel de révision des collections de Françoise Gaudet et Claudine Lieber, et sert de référence commune à la profession.
Faut-il une délibération pour désherber ?
Les collections d'une bibliothèque publique appartiennent à la collectivité et figurent à son inventaire : leur sortie relève d'une décision de l'assemblée délibérante. La pratique courante est de faire adopter une délibération cadre fixant les critères et le devenir des documents, valable plusieurs années. Les modalités exactes dépendent de votre statut et des règles de votre collectivité.
Peut-on vendre les documents désherbés ?
C'est une pratique répandue, généralement sous forme de braderie, mais elle suppose que la délibération l'ait prévu et que le produit soit traité selon les règles budgétaires de la collectivité. Les documents cédés doivent porter une mention de sortie des collections.
Comment savoir quels documents désherber ?
En croisant les critères IOUPI avec des données objectives : ancienneté, date du dernier prêt, nombre de prêts cumulés, état physique. Attention au raccourci le plus fréquent : la faible rotation signale un document à examiner, elle ne justifie pas à elle seule son retrait. Un classique peu emprunté peut rester indispensable.
La RFID aide-t-elle à désherber ?
Indirectement, en fiabilisant la donnée. Une liste de faible rotation ne dit pas si le document est encore physiquement présent ; un récolement régulier le dit. Croiser présence réelle et circulation donne une liste d'examen nettement plus solide. La décision, elle, reste entièrement professionnelle.
Faut-il retirer les étiquettes RFID des documents désherbés ?
C'est recommandé pour deux raisons. L'antenne métallique et le support plastique n'ont pas leur place dans un flux de recyclage papier, ce qui peut poser problème sur une campagne de grande ampleur. Et les puces supportent plus de cent mille réécritures : une étiquette qui se décolle proprement peut être réencodée et reposée sur une nouvelle acquisition.
Fiabiliser vos données avant de désherber
Un récolement récent change la qualité des listes de travail et supprime les heures passées à chercher des documents qui ne sont plus là. Parlons de votre fonds.
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