Pratique professionnelle

Le récolement, cette opération que tout le monde repousse

Le récolement est l'opération de vérification de la présence effective des documents inscrits à l'inventaire d'une bibliothèque. Il consiste à confronter ce que dit le catalogue à ce qui se trouve réellement en rayon, puis à traiter les écarts : documents manquants, documents présents mais non catalogués, documents mal localisés. Mené manuellement, il mobilise une équipe plusieurs jours et impose souvent une réduction de service. C'est la raison pour laquelle il est si fréquemment différé.

L'antenne de récolement longe une étagère, la tablette affichant la liste en cours
Le geste tient en une phrase : longer le rayon sans sortir un document. C'est ce qui transforme un inventaire exceptionnel en contrôle tournant.

Ne pas confondre récolement et inventaire

Les deux mots circulent comme des synonymes, à tort, et la confusion complique les échanges avec les services financiers.

L'inventaire est le registre : la liste des biens que possède l'établissement, tenue en continu, et sur laquelle chaque document reçoit un numéro à son entrée dans les collections.

Le récolement est la vérification périodique de ce registre sur le terrain. On ne récole pas pour établir une liste, on récole pour confirmer qu'elle correspond à la réalité.

La distinction compte parce que le récolement débouche sur des décisions administratives : constater qu'un document manque, c'est ouvrir la question de sa sortie des collections, laquelle relève d'une procédure formelle et, pour les collections d'une collectivité, d'une délibération.

Ce qu'un récolement fait remonter

Quatre catégories d'écarts, qui n'appellent pas les mêmes suites.

  • Le document manquant. Catalogué, non trouvé, non emprunté. C'est le cas le plus fréquent et le plus délicat : perdu, volé, mal rangé ailleurs, ou simplement en cours de traitement quelque part.
  • Le document mal localisé. Présent dans l'établissement mais pas là où le catalogue l'annonce. Pour un usager, un document mal rangé équivaut à un document perdu.
  • Le document présent mais absent du catalogue. Plus rare, souvent un legs, un don mal traité ou une erreur ancienne de catalogage.
  • Le document dont l'état impose une décision. Le récolement est le moment où l'on voit vraiment les collections, et donc où s'amorce naturellement le désherbage.

Pourquoi c'est si lourd en manuel

Le geste unitaire paraît anodin : sortir le document, lire la cote ou scanner le code-barres, pointer, remettre en place. Répété sur des dizaines de milliers d'exemplaires, il produit un chantier.

À quoi s'ajoutent trois contraintes qui pèsent plus que le geste lui-même. Il faut immobiliser les rayons pendant l'opération, donc gêner le public ou fermer. Il faut mobiliser plusieurs agents simultanément pour que l'opération ait un sens, puisqu'un fonds vérifié sur trois mois n'est plus cohérent à la fin. Et il faut traiter les écarts après coup, ce qui représente souvent autant de travail que le pointage.

Résultat : beaucoup d'établissements récolent partiellement, par section et par rotation pluriannuelle, ou ne récolent plus du tout. La base s'éloigne alors lentement de la réalité des rayons, sans que personne ne puisse dire de combien.

Organiser un récolement qui aboutit

Une méthode en cinq temps, indépendante de la technologie employée.

  1. Définir le périmètre et la date de référence. Tout le fonds ou une section, et surtout un instant T. Un récolement qui s'étale sans date de référence produit des écarts ininterprétables.
  2. Geler ce qui doit l'être. Suspendre les mouvements internes, le rangement des retours ou les transferts entre sites pendant la campagne, au moins sur le périmètre traité.
  3. Relever. C'est l'étape qui monopolise le temps en manuel, et celle que la lecture radio réduit le plus.
  4. Rapprocher et qualifier. Le rapprochement avec le catalogue produit une liste brute. Chaque écart doit ensuite être qualifié : manquant réel, en transit, en reliure, en attente de traitement.
  5. Décider. Sorties d'inventaire, rachats, corrections de localisation. C'est l'étape que l'on sous-estime, et sans laquelle le récolement n'aura servi à rien.

Un conseil de terrain : prévoyez le temps de l'étape 5 dès le départ. Un récolement dont les écarts ne sont jamais traités produit une liste que personne ne regarde, et décourage durablement l'équipe de recommencer.

Combien de temps la RFID vous ferait-elle gagner sur cette opération ?

Ce que la RFID change, et ce qu'elle ne change pas

Soyons précis, parce que c'est là que les promesses commerciales dérapent.

Ce qu'elle change vraiment, c'est l'étape de relevé. Un lecteur portable capte les étiquettes en passant devant les rayonnages, sans sortir les documents ni les ouvrir. Le relevé cesse d'être le poste dominant de l'opération. Un fonds de taille moyenne se parcourt en heures de marche là où il demandait des jours-équipe.

Conséquence bien plus importante que le gain lui-même : le récolement redevient répétable. Une opération de quelques heures peut se mener deux ou trois fois par an, section par section, sans fermer. On passe d'une vérification exceptionnelle et anxiogène à une routine de contrôle. C'est cela, le vrai apport.

Ce qu'elle ne change pas : le rapprochement, la qualification des écarts et les décisions. Ces trois étapes restent du travail de bibliothécaire, et elles occupent la même place qu'avant. Un lecteur portable ne vous dira pas si le document manquant est volé ou en reliure.

La limite qu'il faut connaître avant de rédiger un marché

La RFID ne vérifie pas l'ordre des cotes à l'intérieur d'un rayon. Elle détecte qu'un document se trouve dans une zone qui n'est pas la sienne, à l'échelle d'une section, d'un étage ou d'un site. Elle ne dit pas qu'un ouvrage est intercalé deux places trop à gauche sur une tablette.

La raison est physique : localiser une puce au centimètre près dans un rayonnage dense n'est pas fiable à ces fréquences. Très peu de fournisseurs s'y sont essayés, et aucune solution du marché n'est aujourd'hui industriellement convaincante.

Si vous rédigez un CCTP, exigez la détection du mauvais rangement par section. C'est réalisable, c'est déjà très utile, et cela vous évite des offres non conformes ou des engagements qui ne seront pas tenus.

Le récolement comme argument budgétaire

C'est l'usage que nous voyons le mieux fonctionner devant une direction ou un élu, et il est rarement mis en avant.

Un récolement mené deux fois par an produit des données que personne n'avait : le taux réel de documents introuvables, la part du fonds qui ne circule pas, les sections où les écarts se concentrent. Ces chiffres servent ensuite à arbitrer les acquisitions, à justifier une campagne de désherbage, ou à démontrer qu'un dispositif de sécurisation des sorties se rentabilise.

Autrement dit, l'outil le moins cher d'un projet RFID est aussi celui qui produit les arguments pour financer le reste. C'est la raison pour laquelle nous conseillons souvent de commencer par là.

Ces données trouvent ensuite leur usage dans le pilotage des collections, où elles corrigent un biais que personne ne mesure : les taux de rotation calculés sur un fonds dont on ignore la présence réelle.

Questions fréquentes

Les questions que se posent les équipes

Le récolement est-il obligatoire ?

Les collections d'une bibliothèque publique sont des biens de la collectivité, inscrits à son inventaire, et leur suivi relève des obligations comptables et patrimoniales de celle-ci. La périodicité et les modalités dépendent du statut de l'établissement et des règles propres à la collectivité. Votre direction des finances et, pour les fonds patrimoniaux, votre tutelle, sont les interlocuteurs qui fixent le cadre applicable chez vous.

À quelle fréquence faut-il récoler ?

En manuel, la plupart des établissements procèdent par rotation pluriannuelle, section par section, faute de pouvoir faire mieux. Avec un relevé par lecteur portable, une à deux campagnes complètes par an deviennent réalistes, et c'est ce changement de rythme qui produit le plus de valeur, davantage que le gain sur une campagne isolée.

Peut-on récoler sans fermer au public ?

Avec un relevé radio, oui dans la plupart des cas : l'opération est silencieuse, ne demande pas de sortir les documents et un agent parcourt les rayons sans gêner les usagers. En manuel, la fermeture ou la réduction de service est souvent inévitable sur les sections traitées.

Combien de temps prend un récolement par lecteur portable ?

Le facteur limitant devient la marche, pas la lecture. Pour une collection de taille moyenne, l'ordre de grandeur est celui d'un parcours méthodique de quelques heures, contre plusieurs jours-équipe en manuel. Le traitement des écarts qui suit, lui, garde la même durée.

Que faire des documents déclarés manquants ?

Rien dans l'immédiat, et c'est important : un document non trouvé lors d'une campagne peut être en reliure, en transit ou mal rangé. L'usage est de le signaler, de le rechercher lors de la campagne suivante, et de n'engager la procédure de sortie d'inventaire qu'après plusieurs constats concordants. Cette procédure relève ensuite des règles de votre collectivité.

Un lecteur portable détecte-t-il les documents mal classés ?

Il détecte qu'un document est dans la mauvaise zone, section, étage ou site. Il ne vérifie pas l'ordre des cotes à l'intérieur d'un rayon : aucune solution du marché ne le fait de façon fiable aujourd'hui, et il vaut mieux le savoir avant de l'inscrire dans un cahier des charges.

Prochaine étape

Combien de jours-agent votre récolement coûte-t-il ?

C'est la donnée la plus utile pour savoir si un lecteur portable se justifie chez vous. Le calcul prend deux minutes et nous vous répondons franchement.

Ou appelez-nous, c'est souvent plus rapide : 04 73 26 95 16

Vous préférez d'abord vous documenter ? Consulter le guide de rédaction du CCTP.

Le formulaire se charge. S'il n'apparaît pas, passez par la page contact.

Un projet ? Parlons-en. Nous contacter