Pratique professionnelle

Arbitrer sur des chiffres plutôt que sur des impressions

Piloter une collection suppose de répondre à trois questions : qu'est-ce qui circule, qu'est-ce qui dort, et qu'est-ce qui manque. Le système de gestion fournit la première réponse. La deuxième demande de savoir ce qui est réellement présent en rayon, ce que seul un récolement récent établit. La troisième relève de la connaissance du public et du projet de l'établissement, et aucune donnée ne la produira à votre place.

Quatre indicateurs, et leurs pièges

Le taux de rotation

Le nombre de prêts rapporté au nombre d'exemplaires, sur une période donnée. C'est l'indicateur le plus utilisé et le plus mal interprété. Calculé sur un fonds dont on ignore la présence réelle, il est biaisé : les documents perdus depuis des années continuent de figurer au dénominateur et tirent la rotation vers le bas.

La part du fonds sans aucun prêt sur la période

Plus parlant qu'une moyenne, parce qu'il isole le fonds dormant. À manier avec précaution : la consultation sur place n'est pas enregistrée, et un fonds de référence peut être très utilisé sans jamais sortir.

La répartition des emprunts par section

Elle met en évidence les écarts entre l'effort d'acquisition et l'usage réel. C'est souvent le chiffre qui déclenche les discussions les plus utiles en réunion d'équipe, et parfois les plus inconfortables.

Le délai de remise en rayon

Le temps entre le retour d'un document et sa redisponibilité. Rarement mesuré, il conditionne directement la disponibilité perçue par les usagers. Un fonds bien pourvu mais lent à revenir en rayon se comporte comme un fonds insuffisant.

Le biais que personne ne corrige

Tous ces indicateurs supposent que le catalogue reflète la réalité. Or, dans un établissement qui n'a pas récolé depuis plusieurs années, l'écart entre le catalogue et les rayons n'est pas connu, et il n'est jamais nul.

Concrètement, cela signifie que vous calculez des taux de rotation sur des exemplaires qui n'existent plus, que vous n'achetez pas un titre parce que le catalogue affirme le posséder, et que vous décevez des usagers en leur annonçant disponible un document introuvable.

Ce n'est pas un problème d'outil de statistiques, c'est un problème de donnée source. Et c'est la raison pour laquelle un récolement régulier améliore la qualité de tous vos arbitrages, bien au delà de son objet comptable.

Combien de temps la RFID vous ferait-elle gagner sur cette opération ?

Ce que les équipements apportent aux données

Trois couches d'information se complètent, et il est utile de savoir laquelle produit quoi.

SourceCe qu'elle apporte
Votre SIGBPrêts, réservations, profils d'emprunteurs, historique. La source de vérité sur la circulation.
Le récolement RFIDPrésence réelle en rayon, documents mal localisés, écart entre catalogue et terrain.
La supervision des équipementsVolumes par tranche horaire, part du libre-service, retours hors heures d'ouverture, fréquentation mesurée aux portiques.

Le croisement des deux premières est le plus immédiatement utile : une liste de faible rotation confirmée par une présence effective en rayon devient une base de travail solide pour une campagne de désherbage. La troisième couche sert plutôt les arbitrages d'organisation, horaires et effectifs.

Le cas particulier des réseaux

Dans un réseau de lecture publique, la question n'est plus seulement ce qu'on possède mais où cela se trouve. Un document qui dort dans un établissement peut être très demandé dans un autre, et le redéploiement coûte infiniment moins cher qu'un rachat.

Cela suppose une donnée de localisation fiable, à jour et partagée entre les sites. C'est le point où l'écart entre catalogue et réalité devient le plus coûteux, et où le récolement régulier se rentabilise le plus vite.

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent toujours

Comment calculer un taux de rotation ?

En rapportant le nombre de prêts d'une période au nombre d'exemplaires du périmètre considéré. Le calcul est simple, son interprétation l'est moins : il dépend fortement de la discipline, de la politique de prêt et de l'exactitude du dénominateur. Un fonds dont on ignore la présence réelle produit un taux faussé vers le bas.

Le SIGB ne suffit-il pas pour piloter les collections ?

Il est la source de vérité sur la circulation, mais il ne voit que ce qui est enregistré. Il ne sait pas qu'un document catalogué a disparu des rayons il y a trois ans, ni combien de consultations sur place n'ont laissé aucune trace. Le récolement comble la première lacune.

Quelle fréquence de récolement pour des données fiables ?

Une à deux campagnes par an suffisent à maintenir un écart faible entre catalogue et rayons. C'est précisément ce que la lecture radio rend possible, alors qu'un récolement manuel s'espace mécaniquement de plusieurs années.

Comment repérer le fonds dormant ?

En croisant l'absence de prêt sur une période longue avec la confirmation de présence en rayon. Cette seconde condition est celle qu'on oublie, et c'est elle qui distingue un document réellement dormant d'un document tout simplement disparu.

Prochaine étape

Mesurer l'écart entre votre catalogue et vos rayons

Aucun établissement ne connaît cet écart avant de l'avoir mesuré, et il conditionne la fiabilité de tous vos indicateurs. Voyons comment l'établir chez vous.

Ou appelez-nous, c'est souvent plus rapide : 04 73 26 95 16

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